Any tidal wave could drown us
Drawings with color pencils on wool felt
50x40 cm
2025

Alors que la crise climatique se déploie, les personnes qui en sont le moins responsables sont en première ligne et sont les plus durement touchées, ce qui exacerbe leur marginalisation. Dans la nouvelle synthèse d’Amnesty International intitulée ‘Any tidal wave could drown us’, des études de cas présentent la situation de sept communautés marginalisées de par le monde, notamment au Bangladesh, dans les îles Fidji, au Sénégal et en Arctique russe. Amnesty International a travaillé avec des militant·e·s locaux pour interviewer des personnes marginalisées, notamment celles qui vivent dans des endroits parmi les plus exposés au changement climatique dans le monde, et a partagé leur histoire et leurs appels à l’action. Leurs récits donnent un aperçu de la vie en première ligne de la crise climatique, caractérisée par la discrimination, les déplacements forcés, la perte des moyens de subsistance, l’insécurité alimentaire et la destruction du patrimoine culturel.

Yakoutie (Russie)
Les populations indigènes de la région arctique de Yakoutie habitent l’extrême nord-est de la Russie, où les températures moyennes ont augmenté de 2 à 3°C ces dernières années, provoquant le dégel du permafrost, la multiplication des incendies et une perte de biodiversité. Les conditions météorologiques chaotiques ont de graves répercussions sur le mode de vie des populations autochtones, comme l’explique un Tchouktche : « La météo est essentielle dans le mode de vie traditionnel des populations indigènes. En fonction des phénomènes climatiques, nous déterminons où vont paître les rennes, où établir notre campement entre les migrations, quand va arriver la tempête de neige, où et quand vont migrer les animaux, les oiseaux et les poissons. » Les impacts du changement climatique en Yakoutie sont exacerbés par les projets du gouvernement russe de maximiser l’extraction et la production de pétrole et de gaz dans la région.

Pessamit (Canada)
Au Québec, au Canada, les Innus habitant la réserve de Pessamit sont confrontés à des menaces similaires. La hausse des températures engendre la fonte des glaces côtières et d’autres changements climatiques qui affectent gravement leur mode de vie. Les lacs ne gèlent pas l’hiver et les aînés ont donc du mal à se rendre sur leur territoire ancestral et à transmettre leur savoir traditionnel en matière d’itinérance. « Si vous ne pouvez plus parler de votre savoir, une certaine honte s’installe. Vous perdez un peu de dignité », a déclaré l’un d’entre eux. Les Pessamit subissent aussi les répercussions des barrages hydroélectriques situés sur leurs terres ancestrales, tandis que l’industrie forestière abat les arbres. Un aîné a déclaré : « Ceux qui ont construit les barrages, ils les installent mais ne font pas attention. Il y a des poissons dans les fleuves, mais ils s’en fichent. Il y a des animaux, ils ne s’en soucient pas. Même si cela inonde les terres, ils ne se préoccupent pas des humains, encore moins des animaux. »

Langue de Barbarie (Sénégal)
La Langue de Barbarie est une péninsule de sable proche de la ville sénégalaise de Saint-Louis, où près de 80 000 personnes vivent dans des villages de pêcheurs densément peuplés, à haut risque d’inondation. L’érosion des côtes fait perdre jusqu’à 5 ou 6 mètres de plage chaque année. « La mer avance », selon les mots d’un pêcheur. C’est l’un des sites du continent africain les plus exposés au changement climatique, menacé par la hausse du niveau de la mer et en proie à des inondations et à des marées de tempêtes fréquentes. Les habitant·e·s expliquent que ces phénomènes climatiques ont endommagé les pêcheries, les privant ainsi de tout moyen de gagner leur vie. La perspective de devoir partir est dévastatrice pour certains : « Nous envisageons de partir, mais nous n’en avons pas vraiment envie. Parce que si vous voulez tuer un pêcheur, il vous suffit de l’éloigner de la mer », a déclaré un pêcheur local.

Mundas (Bangladesh) & Dalits (Bangladesh)
Des membres de communautés côtières appauvries et marginalisées, notamment des Dalits (opprimés) et des aborigènes Mundas habitant des villages côtiers du sud-ouest du Bangladesh, ont décrit l’impact des inondations et des cyclones réguliers. Ces communautés vivent dans la pauvreté, et certaines font l’objet d’une discrimination omniprésente et systématique, ce qui les fragilise énormément en cas de chocs climatiques. Les personnes interrogées ont raconté que les fréquentes inondations les obligent à reconstruire sans fin leurs habitations et endommagent les infrastructures sanitaires, ce qui fait qu’elles se retrouvent avec de l’eau potable salée et des toilettes hors d’usage.

Fidji (Océanie)
Amnesty International s’est entretenue avec les résident·e·s d’un centre d’hébergement – pour la plupart des personnes LGBT – dans un quartier informel de Fidji, l’un des pays du monde les plus vulnérables au changement climatique. À Fidji, les températures de l’air et de la mer ont augmenté, les cyclones tropicaux se sont faits plus intenses, les marées de tempêtes et les sécheresses ne sont pas rares, et les cycles des précipitations sont modifiés. Les résident·e·s ont raconté qu’ils ont du mal à trouver de la nourriture en quantité suffisante après les cyclones et ont dû évacuer le centre plusieurs fois ces dernières années, car les cyclones l’avaient endommagé. Ils ont ajouté que les personnes d’orientation sexuelle et d’identité de genre différentes font parfois les frais de la colère de la population ou des perturbations administratives en marge des catastrophes, et subissent notamment le harcèlement du quartier et de la police, en raison de la stigmatisation et de la discrimination.

Golfe de Fonseca (Honduras)
Tributaires de la pêche pour leur subsistance, les habitant·e·s de la région du golfe de Fonseca, au Honduras, sont particulièrement sensibles aux chocs climatiques. Les phénomènes climatiques extrêmes et la baisse du nombre d’espèces de poissons ont considérablement réduit leur niveau de vie et aggravé la pauvreté. Ils racontent qu’ils sont souvent réduits à couper la mangrove pour la vendre comme bois de construction ou de chauffage, contribuant ainsi à la dégradation de leur environnement. Un pêcheur du village de Cedeño a expliqué : « Vous n’avez pas idée de ce à quoi ressemblaient les mangroves, c’était un vrai plaisir de les regarder et de les admirer. Aujourd’hui, on ne les voit plus, elles ont été détruites, remplacées par un désert sur l’eau. »